SCA 0876 — Plaquette de fondation de Ptolémée III Or
Datation: Époque ptolémaïque INSERT INTO `mobilier`VALUES(Ptolémée III)
Site de découverte: Thônis-Héracléion
Dimensions: L. 11 cm, l. 5 cm, ép.. 0,1 cm
Conservation: Musée gréco-romain d’Alexandrie — Conservation
Cet objet d’or a été trouvé pendant la campagne de 2003, à loccasion de l’exploration préliminaire du secteur septentrional d’Héracléion. Mesurant 5 cm de haut, 10,8 cm de large et 0,8 cm en épaisseur, il est gravé d’un texte grec de cinq lignes et demie, exécuté en pointillé. Dès le premier examen, il a été reconnu qu’il y avait là une dédicace faite au nom de Ptolémée III et des siens.Plus précisément, il s’agit d’une de ces plaquettes qui signaient au nom du roi constructeur les dépôts de fondation enterrés sous les angles des murs des temenos et des sanctuaires. Il est notable que le même tracé par pointillé est attesté par une autre plaquette d’or mesurant 6 cm de haut et 6 de large, exhumée fortuitement en 1818 au centre de la péninsule d’Aboukir («Canope Ouest ») et portant une dédicace d’un temenos à Osiris au nom du même Ptolémée III et de Bérénice II (British Museum, n° 1063). La position de la plaquette a été minutieusement localisée et sa configuration taphonomique enregistrée.Couchée la face inscrite tournée vers le haut sur un sol dont l’occupation précédente datait du IVe siècle, cette lame reposait sous moins de 20 cm de sédiments marins. La présence dans cet apport nécessairement postérieur à la subsidence survenue au VIIIe siècle de nodules provenant de la décomposition de blocs de calcaire est le seul rappel possible de l’existence d’une construction. Il est évident que la plaquette, horizontalement et verticalement, est plus ou moins éloignée de son lieu d’origine. Au cours de ses errances, la lame a été terriblement malmenée. Les quatre coins ont été pliés, l’un même replié. Comme sous leffet de chocs latéraux, la lame présente trois ondulations et une pression verticale a fait saillir un semis de petits boutons pointus. Il résulte de ces altérations que, selon les endroits, des lettres ont totalement disparu, ou sont évanescentes, ou pire, sont distordues au point d’en être méconnaissables.En dépit de la lacune du milieu de la ligne 1, les deux premières lignes sont banales : « le roi Ptolémée fils de Ptolémée et d’Arsinoé, dieux Philadelphes, le [...] ». De même les lignes 4-5 : « de lui-même et de la reine Bérénice, sa sœur et épouse, et de (leurs) enfants ». L’auteur et le bénéficiaire moral de la fondation est donc Ptolémée III (c. 246-221), sans doute avant qu’il n’ait reçu le surnom d’Évergète en 238. Selon une formule ambiguë qu’on retrouve sur la plaquette de Canope Ouest et au temple de Philae, il saffiche comme l’enfant des Philadelphes. À son acte et aux bienfaits qu’il en attend, il associe sa « sœur et épouse » Bérénice II, qui était en fait sa cousine germaine et qu’il avait épousée vers 246. Il associe pareillement « leurs enfants » sans les nommer, comme dans la dédicace gravée au-dessus de la porte du pronaos du temple d’Isis fondé par Ptolémée III. On sait que le couple eut six enfants dont le futur Ptolémée IV (c. 221-204), né vers 244, et sa future sœur-épouse, l’intrépide Arsinoé III, et pour finir l’éphémère petite Bérénice que divinise le Décret de Canope. On constate que les lignes bien lisibles ne contiennent ni le nom du monument ni le nom du dieu auquel il est dédié. Ces informations essentielles doivent être cherchées à la ligne 3, laquelle est très détériorée au point que l’établissement du texte fait problème. Au moins lit-on assez clairement dans la seconde moitié de cette ligne [.]PAKL[...], « [H]éracl[..] ». Toujours est-il que cette plaquette errante apporte un témoignage important sur l’histoire du secteur septentrional qui ne fut encore meublé par les Ptolémées, comme l’atteste la monumentale stèle de Ptolémée VIII Évergète II. La plaquette d’or, d’autre part, enrichit notre connaissance de l’intérêt porté par le premier Évergète à la région de Canope où les prophètes et prêtres vinrent le proclamer Bienfaiteur.Jean Yoyotte, dans Trésors engloutis d’Égypte, Paris, 2006 p. 128, avec bibliographie