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Réligions & Croyances

Mythes et Légendes

Au VIIe-VIe siècle av. J.-C., lorsque les commerçants et les mercenaires du monde égéen s’installèrent dans le Delta, se posa avec acuité le problème de l’identité des personnes divines et de l’association/assimilation de ces divinités dans la réalité du culte et des pratiques rituelles. Religion indigène et religion grecque ne furent ni concurrentes ni antagonistes. Les divinités des nouveaux venus furent identifiées aux divinités égyptiennes. À l’interpretatio graeca des divinités égyptiennes répondit l’interpretatio aegyptiaca des divinités grecques. Amon était Zeus, Mout était Héra, Khonsou était Héraclès ; Osiris, Isis et Horus étaient Dionysos, Déméter et Apollon... et vice versa.

La région canopique donne peut-être plus qu’ailleurs une idée de ces conceptions doubles où mythes et légendes se mêlèrent, s’entrecroisèrent et se réinventèrent pour « amortir les heurts ». L’épopée d’Héraclès trouva une résonance particulière et pour le moins étonnante dans l’univers religieux du vieux dieu égyptien Amon, « le caché», dieu de Thèbes et « roi des dieux ». De même, le mythe osirien se vit adapté pour servir de cadre aux épopées troyennes, au premier rang desquelles figure la légende éponyme de Canope.

DIEUX, DÉESSES ET PHARAONS

Parmi les bâtiments qui subsistent sur le site de Thônis-Héracléion figure un temple de style pharaonique au seuil duquel se dressaient trois colosses de granite rose : un Ptolémée, son épouse royale (SCA 0279, 0280), et une extraordinaire représentation de Hâpy, le dieu personnifiant la crue du Nil (SCA 0281). Les objets découverts dans le secteur « sacré » sont nombreux : statues et fragments de statues, ustensiles rituels et figurines de bronze, monnaies, céramiques, etc. Les dates de la plupart de ces artefacts s’échelonnent du IVe au Ier siècle av. J.-C. et donnent une idée de la prospérité du temple aux temps des Ptolémées. Certains objets, et tout particulièrement la céramique d’importation, attestent d’une activité humaine sur ce site dès le VIe siècle av. J.-C. D’autres, plus spectaculaires comme le décret de Nectanébo, doublet de la stèle de Naucratis, illustrent les temps de la «Basse Époque» (SCA 0277).



À Canope, les fouilles ont révélé l’existence, entre le temple principal et le complexe architectural chrétien, d’une zone de décharge où des statues avaient été jetées, probablement pour être débitées et servir de matériau de réemploi. Cette statuaire de l’époque des dernières dynasties indigènes (SCA 0167, 0168), voire plus ancienne encore (SCA 0166), et des périodes ptolémaïque et romaine, est remarquable par sa qualité.

Les statues des dieux, déesses et de pharaons, de reines et de particuliers, ainsi que de nombreux sphinx, permettent de nous interroger sur les destinées des temples de la région canopique. Elles donnent à voir ou à imaginer la complexité des créations et des destructions des temples ainsi que la diversité des significations et utilisations de ces images à l’intérieur des sanctuaires. Les oeuvres statuaires les plus importantes ont été étudiées par le Pr. Jean Yoyotte (professeur. honoraire du Collège de France) (SCA 0208, 0279, 0280, 0453, 0454, 0455), Pr. John Baines (Université d’Oxford) (SCA 0281), Pr. Robert R.R. Smith (Université d’Oxford) (SCA 0842), Pr. Zolt Kiss (Centre polonais d’archéologie méditerranéenne) (SCA 0167, 0165, 0166, 0168, 0169, 0171, 0202, 0204, 0205, 0206, 0282, 0283, 0452, 0455, 0460, 0461, 0607). L’ensemble de la statuaire de Thônis-Héracléion et de Canope a fait l’objet d’une thèse de doctorat soutenue en 2010 à l’Université d’Oxford : E.S. Libonati, Egyptian Statuary from the Abuqir Bay : Ptolemaic and Roman finds from Herakleion and Canopus, DPhil. Thesis, University of Oxford. Par ailleurs, la stèle de Ptolémée VIII Évergète II (SCA 0529), découverte à Thônis-Héracléion, qui instaurait les honneurs rituels en faveur du souverain lagide et énumérait les bienfaits dont le pharaon avait comblé l’Égypte, ses dieux et ses habitants, a été publié par Christophe Thiers (Chr. Thiers, La Stèle de Ptolémée Évergète II à Héracléion, OCMA Monograph 4, Oxford, 2009).

CULTE ET RITES

Si les navigateurs s’acquittaient du droit de douane à Thônis-Héracléion, il n’en omettait pas moins de consacrer aux dieux des offrandes. De très nombreux vestiges de leurs dons parsèment le fond des bassins portuaires : petites ancres votives, vases et amphores miniatures, amulettes... (SCA 0370, 0371, 0923, 0938, 0939, 1009, 1077). Ils sont les preuves émouvantes des voeux exaucés et des actions de grâce rendues au dieu pour permettre un voyage sain et sauf. Ces modestes dépôts d’offrande laissent entrevoir le monde religieux et les croyances des marins et des bateliers. À cet univers des professionnels du voyage maritime, où les espoirs et les craintes, la poésie et les superstitions se mêlent sans cesse, les fouilles ont ajouté celui, plus officiel et tout aussi exceptionnel, d’un temple avec ses statues parfois colossales, ses statuettes (SCA 0198, 0393, 0522, 0895, 0927, 0962, 0968, 0973, 0974, 0975, 0981, 0990, 0997, 1021, 1041, 1087, 1001, 1002, 1006,) et sa batterie d’objets de culte. Les multiples ustensiles de temple - encensoirs, braseros, lampes, phiales, situles, etc. (SCA 0216, 0223, 0227, 0239, 0296, 0385, 0390, 0391, 0392, 0406, 0407, 0476, 0566, 0580, 0581, 0586, 0896, 0897, 0899, 0900, 0904, 0906, 0911, 0912, 0916, 0928, 0931, 0934, 0940, 0941, 0951, 0961, 0964, 0977, 0984, 0985, 0986, 1016, 1023, 1025, 1028, 1044, 1045, 1048, 1056, 1060, 1086, 1054-1061, 1057, 1058) - révèlent le nécessaire accomplissement des cultes et des rites. Ils sont la matérialisation des tâches liturgiques rappelées aux serviteurs des dieux sur les murs des sanctuaires. Des dépôts rituels et des instruments de culte furent également retrouvés dans le canal qui reliait les bassins portuaires au lac de l’Ouest en traversant Héracléion jusqu’à Canope (SCA 0220, 0395, 0397, 0478, 0579, 0908, 0909, 0931, 0936, 1014, 1032, 1029, 1034, 1042, 1044, 1062, 1063, 1064, 1071, 1095). Ils démontrent le caractère sacré de cette grande voie, utilisée en particulier lors des cérémonies célébrées entre les deux sanctuaires en l’honneur d’Osiris (SCA 0411, 0926, 0952, 0982, 1004, 1013, 1031).

Documents en téléchargement ci-dessous:

Fr. Goddio, D. Fabre (éd.) «Mythes et Légendes», Trésors engloutis d’Égypte, catalogue de l’exposition, Paris 2006, pp 68-77.

Fr. Goddio, D. Fabre (éd.) «Dieux, déesses et pharaons», Trésors engloutis d’Égypte, catalogue de l’exposition, Paris 2006, pp 86-93.

Fr. Goddio, D. Fabre (éd.) «Cultes et rites», Trésors engloutis d’Égypte, catalogue de l’exposition, Paris 2006, pp 110-127.

D. Fabre «Tous ceux qui ont élevé un sanctuaire à Zeus Thébain (...) considèrent les béliers comme sacrés», 2014.
  • IEASM_religion_region_canopique_df.pdf
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