Échange & Commerce
Alexandria, trading hub to the world
En quelques décennies après sa fondation en 331 av. J.-C., Alexandrie, par la masse de sa population et ses activités, draina vers elle une grande partie du commerce méditerranéen et érythréen, profitant de l’élargissement du monde maritime amorcé au milieu du Ier millénaire av. J.-C. Son port concentrait tous les avantages pour en faire l’un des plus important de la Méditerranée : - terminus de grandes voies commerciales maritimes, terrestres et fluviale qui lui apportaient des produits à exporter ou redistribuer loin à l’intérieur des terres, - en lien étroit avec arrière pays, véritable hinterland économique, - à proximité d’une énorme agglomération urbaine, grand marché de consommation qui réclamaient ses besoins en grande quantité de marchandises. Alexandrie était le comptoir du monde - « emporion de l’oikoumène » disait Strabon.
Alexandrie accueillait en effet les caravanes qui apportaient depuis la lointaine Gerrha, en passant par Pétra, les produits venus d’Inde par le golfe Persique et celles qui, par Doura Europos et la façade phénicienne, mettaient l’Égypte au contact de l’Asie Mineure et de la route de la soie. Bien équipée avec ses bassins portuaires, ses quais, ses entrepôts, ses points d’eau, Alexandrie était la principale tête de ligne de la navigation orientale à l’époque hellénistique, bénéficiant pour son commerce de l’organisation étatique lagide. La Vallée du Nil était plus que jamais une voie de passage : vers l’Afrique par Syène et les oasis, vers la mer Rouge par les voies traditionnelles et la nouvelle liaison du port de Bérénice à Coptos et Ptolémaïs en Moyenne-Égypte. Débouché du Nil, le port d’Alexandrie profitait de l’activité économique de toute l’Égypte et devint ainsi le plus grand exportateur de céréales de l’Antiquité dès l’époque ptolémaïque ; en même temps il expédiait au loin les autres productions de l’agriculture et de l’industrie égyptiennes, en particulier le papyrus dont l’Égypte avait le quasi-monopole. C’est de là aussi que partaient, à l’époque romaine, les "blés" égyptiens utilisés par les souverains comme une véritable arme politique.
Le matériel céramique découvert lors des fouilles sous-marines dans le port oriental d’Alexandrie atteste d’un commerce portuaire bien marqué au Haut-Empire, plus difficile à cerner mais bien représenté au Bas-Empire. Les échanges concernent tant la céramique fine que les amphores, aussi bien avec le bassin occidental de la Méditerranée que le bassin oriental. L’étude montre également qu’Alexandrie, outre les influences reçues d’Asie Mineure, du bassin égéen ou de Chypre, était un point de passage pour du matériel importé d’Occident et destiné à la route orientale menant à Coptos, et inversement. Désormais, Alexandrie ville-monde, est « structurellement liée à Rome », autre ville-monde, « d’abord économiquement, puis comme centre de pouvoir dans un espace unifié par l’empire romain » (Cl. Nicolet, dans Mégapoles méditerranéennes, 2000, p. 13).
L’étude du Portus Magnus d’Alexandrie, à la lumière des découvertes archéologiques, ne permet pas de dresser un tableau exhaustif des échanges commerciaux entre l’Égypte - du moins sa capitale - et les autres régions bordières de la Méditerranée voire de la mer Rouge. Il s’avère néanmoins qu’elle met en exergue certaines circonstances, modalités et facteurs de l’élaboration de ce type d’interaction que l’on voit s’instituer dès le début de l’époque ptolémaïque et, pour cette frange du delta occidental, à des époques plus anciennes.
En même temps, l’analyse d’un des plus grands ports de l’Antiquité ne peut se soustraire à l’analyse de l’organisation du commerce maritime - naissance, mise en place, développement, etc. - à l’intérieur du réseau d’influences culturelles mais aussi de transactions commerciales qui relie les différentes contrées.
Elle fait l’objet d’une étude en cours de publication: D. Fabre, "The Eastern Port of Alexandria and the organisation of maritime trade. Continuity and change", dans Fr. Goddio, (éd.), Alexandria. The topography of the Portus Magnus, Underwater archaeology in the Eastern Port of Alexandria in Egypt, OCMA Monograph, Oxford, à paraître.
David Fabre
Alexandrie accueillait en effet les caravanes qui apportaient depuis la lointaine Gerrha, en passant par Pétra, les produits venus d’Inde par le golfe Persique et celles qui, par Doura Europos et la façade phénicienne, mettaient l’Égypte au contact de l’Asie Mineure et de la route de la soie. Bien équipée avec ses bassins portuaires, ses quais, ses entrepôts, ses points d’eau, Alexandrie était la principale tête de ligne de la navigation orientale à l’époque hellénistique, bénéficiant pour son commerce de l’organisation étatique lagide. La Vallée du Nil était plus que jamais une voie de passage : vers l’Afrique par Syène et les oasis, vers la mer Rouge par les voies traditionnelles et la nouvelle liaison du port de Bérénice à Coptos et Ptolémaïs en Moyenne-Égypte. Débouché du Nil, le port d’Alexandrie profitait de l’activité économique de toute l’Égypte et devint ainsi le plus grand exportateur de céréales de l’Antiquité dès l’époque ptolémaïque ; en même temps il expédiait au loin les autres productions de l’agriculture et de l’industrie égyptiennes, en particulier le papyrus dont l’Égypte avait le quasi-monopole. C’est de là aussi que partaient, à l’époque romaine, les "blés" égyptiens utilisés par les souverains comme une véritable arme politique.
Le matériel céramique découvert lors des fouilles sous-marines dans le port oriental d’Alexandrie atteste d’un commerce portuaire bien marqué au Haut-Empire, plus difficile à cerner mais bien représenté au Bas-Empire. Les échanges concernent tant la céramique fine que les amphores, aussi bien avec le bassin occidental de la Méditerranée que le bassin oriental. L’étude montre également qu’Alexandrie, outre les influences reçues d’Asie Mineure, du bassin égéen ou de Chypre, était un point de passage pour du matériel importé d’Occident et destiné à la route orientale menant à Coptos, et inversement. Désormais, Alexandrie ville-monde, est « structurellement liée à Rome », autre ville-monde, « d’abord économiquement, puis comme centre de pouvoir dans un espace unifié par l’empire romain » (Cl. Nicolet, dans Mégapoles méditerranéennes, 2000, p. 13).
L’étude du Portus Magnus d’Alexandrie, à la lumière des découvertes archéologiques, ne permet pas de dresser un tableau exhaustif des échanges commerciaux entre l’Égypte - du moins sa capitale - et les autres régions bordières de la Méditerranée voire de la mer Rouge. Il s’avère néanmoins qu’elle met en exergue certaines circonstances, modalités et facteurs de l’élaboration de ce type d’interaction que l’on voit s’instituer dès le début de l’époque ptolémaïque et, pour cette frange du delta occidental, à des époques plus anciennes.
En même temps, l’analyse d’un des plus grands ports de l’Antiquité ne peut se soustraire à l’analyse de l’organisation du commerce maritime - naissance, mise en place, développement, etc. - à l’intérieur du réseau d’influences culturelles mais aussi de transactions commerciales qui relie les différentes contrées.
Elle fait l’objet d’une étude en cours de publication: D. Fabre, "The Eastern Port of Alexandria and the organisation of maritime trade. Continuity and change", dans Fr. Goddio, (éd.), Alexandria. The topography of the Portus Magnus, Underwater archaeology in the Eastern Port of Alexandria in Egypt, OCMA Monograph, Oxford, à paraître.
David Fabre