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Infrastructures portuaires

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Le Magnus Portus d’Alexandrie

Fondée par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. sur la marge occidentale du Delta du Nil, Alexandrie se développe durant plusieurs siècles grâce à un contexte géomorphologique particulier et un aménagement du littoral raisonné. L’affleurement de substrat gréseux pléistocène assure un fondement stable propre à la construction des édifices (tout en servant de carrière). Adossée à un lac d’arrière-côte, la ville s’étend face à une île que les Grecs dénomment Pharos, reliée à elle très tôt par une chaussée-digue de 1200 mètres de longueur. Cet Heptastade est à l’origine du double complexe portuaire : à l’Ouest le port de l’Eunostos, à l’Est, le Portus Magnus (ou Magnus Portus). Le projet de recherche, initié dès 1992 par l’Institut Européen d’Archéologie Sous-marine dirigé par Franck Goddio, avait pour ambition de déterminer avec exactitude la topographie antique des zones à présent submergées du Port oriental d’Alexandrie. Cette étude ne peut être dissociée de la réflexion sur la recherche géodynamique des environnements naturels du Delta occidental du Nil.

Les objectifs de recherche visent à comprendre l’organisation du Portus Magnus d’Alexandrie. La démarche scientifique adoptée visait à réaliser des prospections géophysiques et géologiques enrichies de l’enregistrement des données archéologiques issues de la fouille. Cette étude se concevait en considérant l’ensemble des données géomorphologiques/archéologiques en tenant compte des sources littéraires, épigraphiques, iconographiques. En outre, elle ne pouvait se concevoir sans une connaissance historiographique approfondie des témoignages des premiers explorateurs. Ces données permettaient d’établir des points de références dans la zone de recherche qui couvre les 400 ha du port est actuel ("aiguilles de Cléopatre", cap Lochias, etc.)

L’approche scientifique relative aux prospections préalablement définies se devait de prendre en compte la spécificité de la topographie des zones étudiées. Les reliefs antiques des terres maintenant submergées ont été bouleversés au cours des siècles par des événements sismiques (tremblements de terre et raz-de-marée), hydrographiques (inondation et variation du niveau marin), et géologiques (subsidence). Mais les modifications de leurs caractéristiques n’ont pas cessé pour autant après leur immersion. Une fois immergés, les terrains n’en étaient pas moins soumis aux modifications sismiques, à l’action des sédiments, des courants, de la houle et des vagues. En outre, la couche supérieure des fonds est constituée principalement de sable et d’alluvions du Nil, apportés par les courants d’Est. À Alexandrie, les fonds présentent alors une importante sédimentation, accumulée depuis des siècles à l’Ouest du Port. Il paraissait probable que nombre de vestiges archéologiques sur ces aires fussent recouverts de sédiment. Si, sur de faibles surfaces, il est possible de localiser des artefacts et des structures par des sondages mécaniques ponctuels, cette approche était là irréaliste compte tenu de l’immensité des zones considérées. L’observation simple de l’état actuel des fonds à l’aide des instruments de prospections géophysique et géologique (sondeur bathymétrique, sonar à balayage latéral, sondeur à sédiment, magnétomètre, carottages géologiques) ne pouvait suffire à appréhender la réalité de la topographie antique. Seule une prospection effectuée à l’aide des instruments de détection électronique utilisant des technologies de pointe, comme les magnétomètres à résonance magnétique nucléaire, pouvait permettre d’atteindre cet objectif.

Les résultats montrent que le port d’Alexandrie fut frappé à différentes périodes par des phénomènes géologiques et cataclysmiques par fois attestés par les teste comme le raz-de-marée du 21 juillet 365 qui affecta les côtes de la Méditerranée sud-orientale ou le tremblement de terre survenu au milieu du VIIIe siècle. Ils confirment aussi le lent mouvement de subsidence des terres qui a affecté cette partie du bassin sud-oriental de la Méditerranée. Ces facteurs survenus de façon indépendante ou concomitante, ont pu occasionner des destructions importantes et expliquent la disparition sous les eaux du Portus Magnus d’une grande partie du site.

Si les prospections géophysiques en rade d’Alexandrie et les fouilles sous-marines qui ont suivies, n’ont pas révélé la splendeur des palais d’Alexandrie, elles ont permis d’établir une cartographie détaillée du Port oriental et de ses abords. Les recherches ont fixé avec une certaine précision le contour et parfois permis d’étudier la structure des installations et des bâtiments qui s’élevaient jadis près des palais : ports royaux, "Timonion", île d’Antirhodos, môles antiques, etc. Elles ont révolutionné notre connaissance topographique des infrastructures portuaires desservant les Basileia, cet ensemble de palais côtiers sur le front de mer qui renfermait, côte à côte, les bâtiments gouvernementaux et les établissements culturels. Les résultats obtenus ont radicalement changé notre connaissance topographique des ports et des palais d’Alexandrie. L’étude des bassins portuaires a été poussée afin de déterminer leurs profondeurs et leur type de sédimentation, d’y repérer les épaves, de dresser le plan de leurs quais. Le relevé et l’étude des nombreux éléments d’architecture qui recouvrent la zone de palais ont été accompagnés de sondages de manière à préciser la chronologie des aménagements, des abandons et des destructions des sites. Les aménagements des ports n’ont pas l’aspect que l’on imaginait : leur disposition en est techniquement plus cohérente. Le Port oriental d’Alexandrie correspond à une vaste rade, dont le pourtour est occupé par une succession de bassins portuaires, conçus dès l’époque ptolémaïque et dont les romains ont optimisé la structure (infrastructures portuaires creusées dans le substrat ou construites, digues, jetées, môles enveloppants, etc.).

David Fabre et Franck Goddio

La prochaine publication (Fr. Goddio (éd.), Alexandria. The topography of the Portus Magnus, Underwater archaeology in the Eastern Port of Alexandria in Egypt, OCMA Monograph, Oxford, à paraître) présentera en détail les résultats des recherches archéologiques obtenus dans le Portus Magnus d’Alexandrie: analyses des découvertes, zones de prospections, sondages effectués, séquences chronologiques, parallèles éventuels avec les textes anciens, etc.

Une présentation générale des infrastructures portuaires du Port oriental découvertes par l’IEASM, accompagnées de réflexions d’ingénierie sur le choix du site d’implantation et d’architecture du port antique vient d’être publiée : D. Fabre, Fr. Goddio, The Development and Operation of the Portus Magnus in Alexandria: an Overview, dans A. Wilson, D. Robinson (éd.). Alexandria and the North-Western Nile Delta - Joint Conference Proceedings of Alexandria : City and Harbour (Oxford 2004) et Trade, Topography and Material Culture of Egypt’s North-Western Delta (Berlin 2006), OCMA, Oxford, p. 53-74.
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